Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
A ma connaissance, le livre "Hamish's Mountain Walk" de Hamish M. Brown n'a pas été traduit en français. Écrit en 1978, il raconte l'expédition de l'auteur parcourant l’Écosse en escaladant l'intégralité des Munros, c-à-d, des sommets de plus de 3000 pieds (environ 914m), en une seule expédition et entièrement à pieds. Le compte mis-à-jour des Munros est aujourd'hui de 272, mais en 1974, année du périple de Brown, il en comptait 279. En parcourant le Cape Wrath Trail cet été, j'ai découvert la beauté et la sauvagerie du Nord-Ouest de l'Ecosse, ce qui m'a fait rechercher les livres disponibles sur cette région. J'ai ainsi découvert cet ouvrage en anglais, la littérature française étant à peu près inexistante sur ce sujet, en dehors des guides touristiques.
Pour autant que je puisse en juger, le style de l'auteur est assez peu poétique et plutôt factuel, mais je ne résiste pas au plaisir de vous traduire l'un ou l'autre passage, entre le Nature Writing et les considérations sur la randonnée au long cours.
N'étant qu'assez moyen en anglais, ne m'en veuillez pas si la traduction laisse à désirer...
Comme la météo avait l'air de se maintenir, je démarrai tôt pour profiter de la fraîcheur des premières heures du jour. J'avais devant moi l'entièreté de la journée et aucun demi-tour n'était plus possible, ce qui me donnait une grande liberté. Je pouvais me presser ou traînailler en fonction de ma forme physique. Pour cette première journée à trimballer péniblement mon sac, j'estimais ma progression à environ 1,5 kilomètres par heure. Mais mon véritable ennemi se révéla être le soleil qui m'assomma physiquement. A la fin de la journée, il fut saisissant de constater à quel point mon rythme de marche s'accéléra - en montée - simplement parce qu'il y avait à nouveau de l'ombre. J'étais relativement triste de quitter mon "nid au milieu des étoiles" (Ab 1, 4) mais l'un des résultats de ma randonnée fut un goût renouvelé pour le camping, y compris pendant les week-ends. L'effort en valait la chandelle. Impossible de connaître vraiment une montagne tant qu'on n'y a pas passé la nuit.
p. 40
Je pris un agréable déjeuner au Cairndow Inn, dans une ambiance feutrée et comfortable. John Keats et son ami Charles Brown y passèrent en 1818. Le poète avait 23 ans et il ne lui restait plus que trois ans à vivre. Pourtant, il accomplit une randonnée de plus de 1000 kilomètres en 42 jours, depuis Lancaster jusque Inverness en passant par la région de Burns, le Loch Lomond, Inveraray, Mull, Iona, Ben Nevis et le Loch Ness. Lorqu'ils arrivèrent là où je me trouvais, ils avaient déjà parcouru 24 km avant le petit-déjeuner, en espérant s'arrêter pour se restaurer dans une auberge appelée "Dormir et rendre grâce". Ils ne découvrirent que le sommet d'un col, l'auberge étant 8 kilomètres plus loin ! Gravir le Ben Nevis était déjà un petit exploit à l'époque. On peut deviner le temps qu'ils affrontérent aux lignes que Keats écrivit à ce sujet : "Je grimperai à travers les nuées et j'existerai."
p. 83.
Le soleil était encore intense à l'Occident. Le cone du mont Laoigh scindait ses rayons en deux nappes de lumière soyeuse. La pente s'atténua et la vallée de Glen Falloch disparut ; à sa place, vers l'avant, les sommets du lendemain dessinaient une vallée circulaire dans le soir. Je plantai ma tente rapidement à l'emplacement d'une ancienne hutte : un rectangle gris dans la couverture brune des bruyères. Un vol d'une centaine d'oies sauvages traversa le ciel orangé, toutes tendues vers le Grand Nord et ses solitudes. Le lendemain, elles survoleraient le Ben Hope. Dans la dernière clarté du jour, je cousis les plumes du pic du Ben Lomond à mon chapeau.