Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
Tout le reste du jour et une partie de la nuit nous restons allongés serrés les uns contre les autres, à remuer en geignant comme de jeunes chiots tandis que la pluie glisse à flots le long des coutures de la tente et que le vent fend l'obscurité en applatissant notre abri. Chaque fois que le toit de la tente se soulève, l'eau de pluie s'échappe de la toile et se disperse sur nos visages.
Eh bien, cet orage était-il beau ? Oui, lorsqu'il était encore au loin. Vu de l'intérieur, il était horrible : "sombre, incertain, confus", pour citer Burke. Et je n'éprouvais pas de calme au milieu de la tempête, mais une excitation fébrile, une extrême concentration et une intensité proche de la crainte, l'antithèse même de la beauté. Mais il faut faire attention, nous rappelle Burke. L'autre de la "beauté" n'est pas la "laideur". L'autre de la "beauté", c'est le sublime, cette prise de conscience, comme un coup dans les tripes, de la présence de forces chaotiques libérées et incontrolées, la terreur - et finalement le respect sacré. Éprouver le sublime, c'est comprendre, avec une intuition si farouche et si soudaine qu'elle vous fait courber l'échine, qu'il y a dans l'univers une puissance et un potentiel supérieur à tout ce qu'on peut imaginer. Le sublime fait éclater les frontières de l'expérience humaine. N'est-ce pas à cela, en fin de compte, que nous aspirons ardemment ?
Kathleen Dean Moore, Petit traité de philosophie naturelle, Gallmeister, 2006, p. 63.