Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
Oui, les événements, une fois qu'ils ont eu lieu, ne posent aucun problème, à condition de ne pas tenter d'être plus savant qu'eux, à condition de ne pas tenter de régler sur leur dos nos propres histoires. Si nous les laissons en paix, ils se transforment en un soluté merveilleux, en une teinture magique qui fait se dissoudre temps et lieux, se désagréger calendriers et atlas, se transformer en un doux néant la coordination de nos actions. Quel sens y a-t-il à vouloir deviner ? A quoi bon la chronologie - soeur de la mort ?
Andrzej Stasiuk, Sur la route de Babadag, Christian Bourgeois, 2007, pp. 198-199.
Mon interprétation : à quoi bon chercher le sens en reliant ou en maintenant tous les événements que nous vivons dans un scénario, dans une succession logique et temporelle ? Peu importe finalement que ceci ait eu lieu avant ou après cela, ici ou là. La succession n'est pas ce qui fait sens. Avec le temps qui nous en éloigne, c'est moins l'ordre temporel des événements vécus qui compte, que l'impression qu'ils laissent, en désordre, ou plutôt autrement reliés entre eux, selon une autre logique, un autre fil que celui, linéaire, de la chronologie. La succession, la chronologie, ne cache rien qui devrait se deviner. La géographie non plus. Temps et lieux ne sont pas nécessairement ce qui fait sens. Le sens est ailleurs. C'est joli, ai-je noté lors de la lecture de ce passage, mais est-ce vrai ?