Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
Vers neuf heures, une quinzaine de touristes arrivèrent avec leurs Lonely Planet, leurs bruyants bavardages, et leurs coups de flash. Je fus tenté de quitter les lieux mais bien vite je me ravisai ; ils dédaignaient les recoins secrets de Preah Khan où j'aimais errer, craignant sans doute de se perdre, et donc de perdre leur temps. Le temps est la grande obsession des touristes qui visitent les ruines d'anciennes civilisations. Les vestiges sont toujours trop étendus, trop nombreux, au regard des jours dont ils disposent. Alors, sans cesse, ils se hâtent préférant apercevoir que voir. Déjà, au XIXème siècle, John Ruskin fustigeait l'empressement aveugle des touristes : "Il y a toujours eu plus de choses dans le monde que les hommes n'en pourront voir, si lentement qu'ils leur plût de marcher ; ils ne les verront pas mieux en allant vite. Les choses réellement précieuses sont la pensée et la vue, non la vitesse."
Benjamin Desay, Le vagabond des ruines, Phébus, 2009, pp. 55-56.