Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
Une vague de faiblesse me parcourt. Je gagne le ruisseau en titubant, m'allonge et asperge mon visage d'eau, puis je roule sur le dos et sèche au soleil matinal. Je ne suis pas sûr d'arriver à rentrer au camp. C'est ironique, quand j'y pense : je vais mourir exactement de la même façon qu'Abbey. Je parviens à grimacer un sourire. J'ai l'impression d'être hors de mon corps, en train d'observer cette silhouette ratatinée, vautrée sur la rive. Il est probable que je saigne encore. Je m'essuie le cul en cherchant une trace de sang, comme je l'ai fait pour Abbey, deux heures avant sa mort.
- Je n'y arrive pas, m'avait-il dit.
- C'est pour ça que je suis là.
Et c'est peut-être ce qui nous guette à la toute fin. Cette humiliation consentie, cette façon d'accepter l'aide d'autrui pour mieux se préparer au grand voyage, enrobée d'humour pathétique.
Doug Peacock, Une guerre dans la tête, Gallmeister, 2008, pp. 122-123.