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Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.

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Personne ne peut tout avoir


Extrait d'un livre d'un de mes écrivains américains préférés, surtout pour son roman Là où se trouvaient la mer : Rick Bass. Moins pour son style, parfois un peu sommaire, au moins en français, que pour la puissance d'évocation de ses histoires. Winter n'est pas un roman. C'est le récit du premier hiver passé dans une petite vallée du Montana par l'auteur et sa femme. A noter qu'une sorte de suite à ce livre est paru récemment chez Gallmeister : Le livre de Yaak.
    Un écrivain dans une vallée de travailleurs. Peut-être la nouveauté de la chose leur pemettra-t-elle de me tolérer. Personne ne me demande si j'ai l'intention de passer l'hiver au milieu d'eux ; la formule qu'ils utilisent de préférence, c'est : "Alors comme ça, vous allez essayer de faire l'hiver ici ?"
    Après quoi, je serai devenu un habitant du coin - si je tiens le coup. Une fois que j'aurai "fait" l'hiver, je pourrai évoluer avec beaucoup plus d'aisance d'un bout à l'autre de la vallée. Je verrai davantage de choses, j'en entendrai davantage aussi, on se confiera plus volontier à moi.
    Truman Zinn, le copain de Dave, me disait à quel point l'hiver est agréable. "Il ne passera peut-être qu'une camionnette par semaine devant chez vous, et ce sera une vraie fête. Vous l'entendrez arriver de très loin."
    C'est de cela qu'ils parlent surtout quand ils évoquent l'hiver : du silence. Jim Kelly, un garde forestier à la retraite - le genre d'homme des bois, beau garçon au demeurant, longs cheveux noirs, pommettes d'Indien, deux yeux sombres comme les pierres au fond d'un fleuve - , me dit qu'il perd si complètement la boule en hiver qu'il lui arrive d'enfiler ses raquettes et de partir en courant dans les bois, montant tout en haut du mont Hensley Face avant d'en redescendre , soit un parcours de plus de seize kilomètres, uniquement pour avoir quelque chose à faire. Il dit que les pumas le suivent. Quelquefois, il rencontre leurs traces dans la neige, au plus profond des forêts. Et sur le chemin du retour, il trouve leurs traces par dessus les siennes, car ils le pistent.
    (...)
    Une vieille femme, que tout le monde appelle Grand-Maman, a vécu ici toute sa vie. Quatre-vingts ans dans la vallée de la Yaak River ! Quand on songe à tout ce qu'elle a raté ! Mais quand on songe aussi à tout ce qu'elle a vu et que le reste du monde a raté. Personne ne peut tout avoir, quel que soit l'endroit où il se trouve.
Rick Bass, Winter, Hoëbeke, 1998. pp. 20-22

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