Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.

Publicité

L'illusion d'exister


Suite des extraits du livre de Maryvonne Robineau sur Compostelle où l'on voit que tout n'est pas tout rose et gentil sur ce chemin...

A EL Burgo Ranero, l'auberge municipale affiche complet quand j'y arrive vers 14 heures, vêtements trempés de sueur et fatigue sur le visage. Dans la salle commune, Santiago se repose au frais, douché, vêtu de propre. Il est arrivé à 10h15, se vante-t-il. Ce qu'il ne précise pas, c'est qu'il a ensuite été obligé d'attendre près de trois heures devant la porte du gîte qui n'ouvre qu'à 13 heures.
"Tu n'as plus de place ? C'est que tu es restée trop longtemps au lit ce matin, se moque-t-il. J'ai vu que tu étais la dernière du dortoir à te lever. On fait un pèlerinage, on n'est pas en vacances.!"

Je ne réponds pas tant la remarque me paraît désobligeante et absurde. Ils sont nombreux ceux qui partent aux premières lueurs du jour -ou même avant, guidés par leur lampe torche- et avalent leurs kilomètres pour arriver les premiers à l'auberge suivante, prendre les bonnes places et jouir d'une douche chaude. Obsédés par la performance ou la peur, certains foncent, ne prenant le temps ni de voir, ni de sentir. Tant pis pour les retardataires qui se contenteront d'un lavage à l'eau froide ! Le pèlerinage se résumerait-il à une course au matelas, une étape à effectuer le plus vite possible comme s'il fallait se débarrasser au plus tôt d'une tâche encombrante. A l'image de la vie quotidienne où on n'aspire qu'à se libérer le plus tôt possible du travail de la semaine pour jouir du week-end, du travail de l'année pour profiter des vacances, et de la vie professionnelle pour jouir de la retraite, pour commencer enfin à "vivre". Doit-on pèleriner comme on vit, de manière pressée, pour se donner l'illusion d'exister ?
Maryvonne Robineau, Compostelle en famille, Opéra, 2007, p. 104-105.
Rester dans une attitude contemplative et réceptive alors que la marche devient l'activité principale de la journée n'est pas si facile. On est très vite pris par "l'objectif" à atteindre, le lieu du bivouac à trouver, les kilomètres à accomplir à tout prix. En pèlerinage, comme ailleurs, l'esprit humain reste ce qu'il est : avide de soucis, insatisfait quand il n'est pas occupé et rêvant pourtant d'être libéré de ces occupations... pour s'en donner immédiatement d'autres quand par hasard il s'en voit soulagé ! Combien se plaignent de leurs soucis, de leurs tracas, du manque de temps, mais seraient bien embêtés s'ils ne pouvaitent plus justifier leur existence par cet agenda surchargé  de leur pseudo-utilité existentielle et sociale...
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article