Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
A EL Burgo Ranero, l'auberge municipale affiche complet quand j'y arrive vers 14 heures, vêtements trempés de sueur et fatigue sur le visage. Dans la salle commune, Santiago se repose au frais, douché, vêtu de propre. Il est arrivé à 10h15, se vante-t-il. Ce qu'il ne précise pas, c'est qu'il a ensuite été obligé d'attendre près de trois heures devant la porte du gîte qui n'ouvre qu'à 13 heures.
"Tu n'as plus de place ? C'est que tu es restée trop longtemps au lit ce matin, se moque-t-il. J'ai vu que tu étais la dernière du dortoir à te lever. On fait un pèlerinage, on n'est pas en vacances.!"
Je ne réponds pas tant la remarque me paraît désobligeante et absurde. Ils sont nombreux ceux qui partent aux premières lueurs du jour -ou même avant, guidés par leur lampe torche- et avalent leurs kilomètres pour arriver les premiers à l'auberge suivante, prendre les bonnes places et jouir d'une douche chaude. Obsédés par la performance ou la peur, certains foncent, ne prenant le temps ni de voir, ni de sentir. Tant pis pour les retardataires qui se contenteront d'un lavage à l'eau froide ! Le pèlerinage se résumerait-il à une course au matelas, une étape à effectuer le plus vite possible comme s'il fallait se débarrasser au plus tôt d'une tâche encombrante. A l'image de la vie quotidienne où on n'aspire qu'à se libérer le plus tôt possible du travail de la semaine pour jouir du week-end, du travail de l'année pour profiter des vacances, et de la vie professionnelle pour jouir de la retraite, pour commencer enfin à "vivre". Doit-on pèleriner comme on vit, de manière pressée, pour se donner l'illusion d'exister ?
Maryvonne Robineau, Compostelle en famille, Opéra, 2007, p. 104-105.