Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.

Publicité

Le livre mystique de la Nature

Je me suis replongé récemment avec délice dans les deux livres (qui n'en font qu'un en édition originale, merci l'éditeur français!) de Vivienne de Watteville à propos de son séjour au Kenya dans les années trente. J'ai aimé la légèreté du style, le naturel et la vivacité du ton, la fraîcheur et la fausse naïveté des descriptions. Et aussi une traduction française qui n'ignore pas le subjonctif imparfait ! En voici un premier extrait sur le thème "les mouches et tous ces livres que je vais enfin pouvoir lire au calme" :

     "L'abondance des mouches était, naturellement, due au bétail. Les Masaï semblaient n'y jamais faire attention. Ils semblaient même, au contraire, les apprécier, car, comme me le déclara un vieux Noir, "où il y a des mouches, il y a du bétail", et ils les considéraient comme de bonne augure. Heureusement, je pouvais toujours me réfugier sous ma moustiquaire verte, inapréciable objet suspendu au poteau central, qui couvrait ma table et mon fauteuil. Sans cette moustiquaire, la vie eût été impossible à Selengaï, car les mouches fourmillaient par milliers et il fallait toute l'ingéniosité de Jim pour m'apporter ma nourriture sans laisser pénétrer en même temps un nuage de mouches. Une fois sous ce réseau, je pouvais lire et écrire en toute tranquilité, et défier ces ennemis qui venaient buter contre les mailles avec l'espoir d'y trouver un passage.
     Ma bibliothèque, outre quelques ouvrages favoris, contenait principalement cette sorte de livres qu'on remet de lire par manque de temps pour s'y atteler sérieusement. Là-bas, dans cet océan de silence, il n'y avait aucune raison de ne pas me plonger dans l'histoire et la philosophie, dans la poésie ou l'astronomie, à mon très grand contentement. En théorie, cela m'avait paru une idée splendide, la bonne fortune de toute une vie ; Platon et Shakespeare, et les vies de Plutarque, et un certain nombres d'autres ouvrages se trouvaient là à ma disposition. Mais, en pratique, le temps était tout aussi précieux dans le désert que partout ailleurs, et je découvris bientôt que "le livre mystique de la Nature" ouvert tout autour de moi, l'exigeait tout entier et réclamait même plus que toute mon attention. "
Vivienne de Watteville, Un thé chez les éléphants, Payot, 2001, pp. 65-66.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article